Ce qui va vraiment changer — et ce qui se négocie.
C'est le paradoxe qui ouvre la décennie : jamais l'assurance de personnes n'a été aussi prospère, jamais elle n'a été aussi concernée par ce qui vient. Les deux sont vrais en même temps — et c'est tout l'objet de cette matinée.
Sources : France Assureurs / ACPR 2025 · Baromètre OEMA 2024 · Étude Coface–OEM 2026 (exposition théorique, non destruction constatée).
Demain, on ne déclarera plus.
On prouvera.
La loi Lemoine a déjà supprimé le questionnaire de santé pour la plupart des emprunteurs. L'Europe achève le mouvement : fin 2026, chaque citoyen reçoit un portefeuille d'identité numérique sur son téléphone. Fin 2027, les assureurs ont l'obligation de l'accepter. Le formulaire — pilier du métier depuis un siècle — devient une pièce de musée.
eIDAS 2.0 (règl. UE 2024/1183) · échéances : wallet étatique fin 2026, acceptation obligatoire 24 déc. 2027 · loi Lemoine 2022.
C'est le renversement le plus discret et le plus profond de la décennie. L'assurance a toujours vécu de la collecte d'informations sur les gens. Demain, elle pourra obtenir la réponse sans les données : « cette personne a plus de 50 ans », « ce revenu est suffisant » — oui ou non, certifié par l'État, sans transmettre un seul document.
Moins de données stockées, c'est moins de fuites, moins de fraude documentaire — et un courtier comme Kereis qui peut devenir l'orchestrateur de confiance de tout son réseau.
EUDI Wallet : réponse certifiée par divulgation sélective — ambition UE : 80 % d'usage d'ici 2030.
Le volume aux machines.
L'arbitrage aux humains.
Les dossiers simples — complets, cohérents, sans enjeu d'interprétation — seront réglés en minutes, automatiquement, jour et nuit. Ce qui reste aux équipes, c'est précisément ce qui compte : les cas ambigus, les situations humaines difficiles, les décisions qui engagent. Moins de saisie, plus de jugement.
La question n'est pas « combien de postes » mais « qui supervise, qui tranche, qui répond de la décision » — et c'est une question d'organisation du travail, pas de technologie.
Trajectoire centrale modélisée : 5 % de dossiers simples automatisés en 2025 → ~70 % en 2035, toujours sous validation humaine.
Traiter ne coûtera presque plus rien. Vérifier devient le vrai métier.
Les mêmes outils qui automatisent la gestion fabriquent des faux parfaits : fausses photos de dommages, faux certificats, fausses voix. En France, les tentatives de fraude par hypertrucage ont été multipliées par huit en un an. Les faux numériques dépassent désormais les faux papiers.
Conséquence directe pour l'emploi : le centre de gravité se déplace de la saisie vers le contrôle — enquête, vérification, traçabilité. Des métiers qui montent, pas qui disparaissent.
Sumsub 2025 : +700 % de tentatives deepfake en France (T1 2024 → T1 2025) · falsifications numériques : +244 %, désormais majoritaires.
L'assurance devient invisible — elle se glisse dans les parcours.
On n'« achètera » plus une assurance : elle sera proposée au bon moment, déjà tarifée, à l'intérieur d'un autre acte — un crédit, un achat, un déménagement. Et vers 2032, l'étape d'après : votre assistant numérique comparera et négociera à votre place, avec celui de l'assureur.
Pour un grossiste comme Kereis, c'est existentiel : quand l'assurance n'a plus de vitrine, celui qui tient la tuyauterie tient le marché. Les projections de part de marché varient du simple au double selon les cabinets — l'honnêteté oblige à montrer la fourchette.
Assurance embarquée : fourchette 2035 de 12 % à 28 % de la distribution affinitaire selon scénarios (analyse Deloitte).
De payeur de soins à partenaire de santé.
Nous vivons 84 ans, mais en bonne santé jusqu'à 65 seulement : vingt années que le système actuel se contente d'indemniser. Avec les capteurs, le dépistage précoce et la télésurveillance — remboursée à 100 % depuis 2024 — l'assureur peut enfin agir avant, pas seulement payer après.
C'est le plus grand renversement de modèle économique du secteur : être payé pour que le sinistre n'arrive pas. Et c'est aussi là que le débat collectif est le plus nécessaire — prévention ne doit jamais devenir surveillance ni sélection.
Insee / OMS : espérance de vie 84,1 ans, sans incapacité ~65 ans · dépendance : 34 Md€/an · −25 % de réadmissions cardiaques avec télésuivi.
La vraie disruption n'est pas l'IA. C'est la démographie.
En 2030, plus d'un Français sur cinq aura 75 ans ou plus. La dépendance, la prévoyance du grand âge, l'aide aux aidants : c'est le marché qui s'ouvre — massif, durable, profondément humain, impossible à automatiser entièrement.
Et le même phénomène traverse nos murs : le papy-boom des effectifs. Les 20 000 recrutements annuels de la branche compensent d'abord des départs en retraite. Le vrai sujet RH de la décennie n'est pas la suppression de postes — c'est la transmission des savoirs avant qu'ils ne partent.
Insee 2030 · coût direct dépendance 34 Md€/an (1,4 % du PIB) · OEMA : effectifs +1,6 %, record de nouveaux entrants.
Quand tout le monde a les mêmes machines, la confiance devient le produit.
En 2035, tous les acteurs auront accès aux mêmes outils. Ce qui se différenciera, c'est ce qu'une machine ne fabrique pas : la garantie qu'un humain peut reprendre la main, la capacité d'expliquer chaque décision, la réputation de tenir sa promesse dans les moments graves — un décès, une invalidité, une perte d'autonomie.
C'est une bonne nouvelle pour l'emploi qualifié : la confiance ne s'industrialise pas. Elle s'incarne.
Cohérent avec l'AI Act : la tarification santé/vie est classée « haut risque » — supervision humaine et explicabilité obligatoires.
La direction de chaque bascule est largement écrite — par la réglementation, la démographie et la technologie. Ce qui ne l'est pas, c'est le rythme, et la manière dont on y prépare les équipes. C'est exactement l'espace du dialogue social.
Aucune de ces sept thèses ne supprime un métier d'un bloc. Chacune déplace des tâches : moins de saisie et de collecte, plus de contrôle, de relation, d'arbitrage et de tâches qui n'existent pas encore. À ce jour, le secteur crée des emplois — la vraie question est celle des compétences et de la transition de chacun.
Lecture par les tâches (méthode Coface–OEM / OEMA) — parts indicatives à horizon 2035, scénario central. À discuter, pas à subir.
Quand 70 % des dossiers se règlent seuls, qui supervise, qui tranche, qui répond de la décision — et comment ce travail est-il reconnu ?
La prévention rend service aux assurés. À quelles conditions ne devient-elle jamais de la surveillance ?
Le papy-boom des effectifs est devant nous : comment organiser la transmission des savoirs avant qu'ils ne partent ?